jeudi 23 août 2012

Partie II : La confection du Hortus Deliciarum



  
La confection dans chaque abbaye d’un livre recensant tout le savoir nécessaire à la formation des abbés et abbesses devait vraisemblablement exciter un certain nombre de rivalités. Le Hortus Deliciarum, qui n’était pas destiné à quitter l’abbaye, avait des proportions tout à fait imposantes. Composé de deux parties bien distinctes par leur format, il représentait une œuvre volumineuse de plus de 300 pages.


Nombre de feuilles
Format
Proportion d’enluminures
1e partie
Env. 255 feuilles
52x38 cm
1/3 d’images entièrement coloriées recto et verso.
2e partie
Env. 65 feuilles
Plus petit
Uniquement des textes


À l’origine, le manuscrit ne se composait que de feuilles volantes, afin de faciliter le travail des deux à trois équipes de composition du scriptorium. Un groupe était chargé du recopiage du texte et de sa calligraphie, un autre chargé des miniatures et des enluminures et sans doute un troisième de la coloration. Au final, ce seront au moins 80 pages recto-verso d’images qui seront créées. D’emblée l’œuvre frappe de son originalité. Les illustrations présentent des traits originaux que l’on ne manque aujourd’hui pas de rapprocher de l’art byzantin (Christen émet l’hypothèse d’images venues d’outre-Rhin, de Bavière et en déduit que Relinde et son groupe n’étaient pas venus les mains vides refonder la communauté du Hohenbourg). Le traitement des thèmes moraux et allégoriques est également novateur : dispositions en cercles concentriques rappelant les rosaces de cathédrale et certains motifs d’orfèvrerie : il est tout à fait possible que le Hortus se soit également inspiré de traités architecturaux.

De même, la collation des textes est manifestement originale : Herrade ne se contente pas d’extraits de la Bible et de gloses des Pères de l’Eglise (toutefois majoritaires). Certains détails profanes viennent enrichir l’Hortus, illustrant bien l’ouverture au monde et au savoir qui se fait jour au XIIe siècle. Certains thèmes devaient également être destinés à l’éducation des filles nobles (et moins à celle des abbesses), tels les signes du zodiaque, la théorie d’équivalence entre le macrocosme et le microcosme, la présentation des arts libéraux, la représentation de la Roue de Fortune et… la légende d’Ulysse.

Christen met en avant le prestige et la sécurité dont a joui le Hortus Deliciarum jusqu’à la fin du Moyen Âge. Il était jalousement gardé au centre du monastère de Hohenbourg, où il servait à l’instruction et où il offrait tout son savoir. Il est certain qu’il a servi à l’instruction des abbesses pendant plusieurs siècles : au XIVe siècle, alors que la connaissance générale du latin tend à s’estomper, on ajoute au texte latin pas loin de 2000 gloses en vieil allemand pour éclaircir voire tout bonnement traduire certains passages obscurs.

La fin du XIVe et le XVe siècle sont des périodes troubles, marquées par les pillages et les destructions. Les chroniques relatent cinq incendies aux cours desquels l’abbaye fut presque entièrement ravagée. Sous bonne garde, le Hortus Deliciarum en réchappa cependant à chaque fois.

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