La confection dans chaque abbaye
d’un livre recensant tout le savoir nécessaire à la formation des abbés et
abbesses devait vraisemblablement exciter un certain nombre de rivalités. Le Hortus
Deliciarum, qui n’était pas destiné à quitter l’abbaye, avait des
proportions tout à fait imposantes. Composé de deux parties bien distinctes par
leur format, il représentait une œuvre volumineuse de plus de 300 pages.
Nombre de feuilles
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Format
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Proportion d’enluminures
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1e partie
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Env. 255 feuilles
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52x38 cm
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1/3 d’images entièrement coloriées recto et verso.
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2e
partie
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Env. 65 feuilles
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Plus petit
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Uniquement des textes
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À l’origine, le manuscrit ne se
composait que de feuilles volantes, afin de faciliter le travail des deux à
trois équipes de composition du scriptorium. Un groupe était chargé du
recopiage du texte et de sa calligraphie, un autre chargé des miniatures et des
enluminures et sans doute un troisième de la coloration. Au final, ce seront au
moins 80 pages recto-verso d’images qui seront créées. D’emblée l’œuvre frappe
de son originalité. Les illustrations présentent des traits originaux que l’on
ne manque aujourd’hui pas de rapprocher de l’art byzantin (Christen émet
l’hypothèse d’images venues d’outre-Rhin, de Bavière et en déduit que Relinde
et son groupe n’étaient pas venus les mains vides refonder la communauté du
Hohenbourg). Le traitement des thèmes moraux et allégoriques est également
novateur : dispositions en cercles concentriques rappelant les rosaces de
cathédrale et certains motifs d’orfèvrerie : il est tout à fait possible
que le Hortus se soit également inspiré de traités architecturaux.
De même, la collation des textes
est manifestement originale : Herrade ne se contente pas d’extraits de la
Bible et de gloses des Pères de l’Eglise (toutefois majoritaires). Certains
détails profanes viennent enrichir l’Hortus, illustrant bien l’ouverture au
monde et au savoir qui se fait jour au XIIe siècle. Certains thèmes devaient
également être destinés à l’éducation des filles nobles (et moins à celle des
abbesses), tels les signes du zodiaque, la théorie d’équivalence entre le
macrocosme et le microcosme, la présentation des arts libéraux, la
représentation de la Roue de Fortune et… la légende d’Ulysse.
Christen met en avant le prestige
et la sécurité dont a joui le Hortus Deliciarum jusqu’à la fin du Moyen
Âge. Il était jalousement gardé au centre du monastère de Hohenbourg, où il
servait à l’instruction et où il offrait tout son savoir. Il est certain qu’il
a servi à l’instruction des abbesses pendant plusieurs siècles : au XIVe
siècle, alors que la connaissance générale du latin tend à s’estomper, on
ajoute au texte latin pas loin de 2000 gloses en vieil allemand pour éclaircir
voire tout bonnement traduire certains passages obscurs.
La fin du XIVe et le XVe siècle
sont des périodes troubles, marquées par les pillages et les destructions. Les
chroniques relatent cinq incendies aux cours desquels l’abbaye fut presque
entièrement ravagée. Sous bonne garde, le Hortus Deliciarum en réchappa
cependant à chaque fois.
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