mercredi 22 août 2012

Partie I : Origines du Hortus Deliciarum

Toutes les informations qui vont suivre, sauf mention spéciale, sont extraites de l'édition du Hortus Deliciarum appelée édition Tisserant-Christen, disponible notamment à la médiathèque André Malraux à Strasbourg.

Hortus Deliciarum est un manuscrit, richement illustré, d'une beauté et d'un contenu rares, composé à la fin du XIIe siècle au monastère de Hohenbourg (actuel Mt St Odile) en Alsace. Son nom signifie littéralement le "Jardin des délices" en référence au passage de l'ancien testament tiré du cantique des cantiques présentant l'époux et son épouse dans un jardin luxuriant (Cant. 5, 1). Son contenu s'apparente à une vaste compilation, presque encyclopédique, de culture surtout religieuse, mais aussi profane. Son auteur, d'un savoir prodigieux, d'une éducation remarquable et aux dons extraordinaires, serait une certaine Herrade de Hohenbourg (parfois à tort appelée Herrade de Landsberg). Ce manuscrit a tout pour exciter les passions des hommes, à commencer par une genèse fascinante.

Le manuscrit du Hortus Deliciarum vit le jour dans le monastère de Hohenbourg à quelque 20km de Strasbourg. Dès l'Antiquité, le site constitué de flancs escarpés, en bordure de la chaîne des Vosges, présentant un sommet lui-même formé d'un bloc de rocher aux contours épais, passait pour une petite forteresse naturelle. À la fin du VIIe siècle, du temps des rois mérovingiens d'Austrasie, le duc d'Alsace, Etichon, reconnaissant là un territoire dont la possession pouvait s'avérer stratégique, fait construire à son sommet un monastère pour religieuses. Sa propre fille, Odile, en sera la première abbesse. Ce couvent pour femmes est alors le premier dans toute la région située entre les Vosges et le Rhin, ce qui lui assure un certain succès. Par la suite, placé sous la protection des ducs et des rois carolingiens, il devient une abbaye d'Empire.

Vers 1120 cependant, Frédéric le Borgne, roi de Souabe, en prises avec l'autorité papale, s'en prend à plusieurs monastères de son propre royaume pour attiser la vindicte du Pape. Le couvent du Hohenbourg ne fut pas épargné et finit entièrement brûlé. Son histoire aurait pu s'arrêter là.

Par une ironie de l'histoire, le fils de Frédéric le Borgne, Frédéric Barberousse, se trouva l'artisan de la renaissance du Hohenbourg. Il le fait rebâtir et en fait non seulement un couvent mais aussi une fameuse école pour toutes les filles des familles nobles de son royaume. La nouvelle communauté qui vient s'y établir serait venue d'un couvent de Bergen en Bavière. La règle observée est celle de St Augustin, règle qui favorise beaucoup la formation religieuse des moniales. La mère abbesse a pour nom Relinde ; c'est elle qui se chargera de la formation de Herrade. Si le contenu du Hortus Deliciarum, peut être un reflet du savoir et de la culture encyclopédique de Herrade, il montre bien aussi la qualité de l'enseignement qui fut dispensé par Relinde.

En 1170, Relinde meurt et c'est Herrade qui lui succède. C'est une élève brillante, à la culture vaste et profonde. Ce que l'on sait d'elle laisse imaginer une femme d'action, de savoir et d'autorité. Sur sa demande, deux communautés de moines viennent s'installer près de Hohenbourg:
- en 1178, des Prémontrés venus d'Etival dans les Vosges, qui s'installent à St Gorgon près d'Ottrot
- en 1181, des Augustins venus de l'abbaye haut-rhinoise de de Marbach, qui s'installent à Truttenhouse.

Car à cette époque très riche culturellement, on voit fréquemment naître le besoin de composition d'un livre propre aux monastères. Ces livres avaient alors pour vocation de rassembler presque toutes les connaissances que l'on pouvait trouver.


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