En 1520, la
réforme initiée par Luther sonne le glas de l’abbaye de Hohenbourg. Nombre de
familles de petite noblesse donnèrent en effet leur assentiment à la réforme
protestante. En ces temps de situations fort troubles, les moniales préféraient
bien souvent quitter leur famille religieuse plutôt que de renoncer à leurs
proches et aux liens qui les unissent au monde.
Le sort
s’acharne en 1546, puisque le 25 mars un incendie ravage toute l’abbaye, jusque
dans ses parties les plus importantes. Aux vues de l’ampleur des dégâts, toute
reconstruction est déclarée inenvisageable, et l’abbesse décide de dissoudre la
communauté. Elle remet alors entre les mains d’Erasme de Limbourg, alors évêque
de Strasbourg le domaine et ce qui reste du monastère, dont le Hortus
Deliciarum qui a, par miracle, encore une fois réchappé à la destruction.
Le précieux
manuscrit s’en va d’abord dans la résidence de l’évêque de Saverne. En 1660, il
est offert à une communauté de moines Chartreux qui fondent une communauté à
Molsheim. Ces derniers, reconnaissant immédiatement la valeur inestimable du
présent qui leur était confié, le gardèrent jalousement si l’on en juge au peu
de personnes qui déclarèrent ensuite en avoir entendu parler et la portion
encore inférieure ayant pu l’admirer.
En 1690, un
moine entreprit, quatre ans durant, de copier le manuscrit dans son
intégralité, page après page et enluminure après enluminure, sans doute avec
moins de finesse dans la reproduction des détails cependant. Dans le même
temps, on dote (enfin) l’ouvrage d’une couverture.
Pendant un
siècle le manuscrit demeura en sécurité. En 1791 cependant, le gouvernement
révolutionnaire intime à chaque congrégation religieuse de se dissoudre et
donne l’ordre de quitter les couvents sans rien emporter avec soi. Le manuscrit
quitte donc la communauté de moines de Molsheim pour se rendre à Niedernai, où
vivait encore un des descendants des Landsberg (l’ouvrage est
traditionnellement attaché à la figure de son auteur, Herrade, que l’on disait
à l’époque « de Landsberg ».
En 1803, le
Consulat ordonne le retour du manuscrit à Strasbourg et en dote la librairie
municipale, située près de l’actuelle rue du Temple Neuf, dans l’ancienne
église des Dominicains.
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